Quatre heures d’examen à surveiller, ça laisse le temps de réfléchir. Paradoxalement, c’était une des périodes de l’année que je préférais quand j’étais étudiante. Surtout les examens d’hiver. Le temps était comme suspendu. La routine était déréglée. Papa venait nous chercher le midi, on mangeait avec lui, de la soupe et des tartines. J’adorais ces moments. Papa, on ne le voyait pas beaucoup, il travaillait énormément. Alors, l’avoir pour nous tous seuls pendant un repas, ce n’est que maintenant que je me rends compte que je chérissais ces moments. Quand Papa retournait travailler, je m’installais devant la télé avec mes cahiers et je regardais les feuilletons allemands à l’eau de rose au lieu d’étudier déclinaisons, équations, ... J’ai toujours eu une bonne mémoire, écouter au cours suffisait la plupart du temps.

Je pourrais reprendre des études uniquement pour les examens. J’adore et je déteste cet instant de tension qui précède l’épreuve. Tout le corps réagit au stress. Mon stylo sur la feuille blanche, je prends le temps avant de la noircir. Mais une fois la machine lancée, elle s’agite avec frénésie et ne s’arrête que pour mettre le point final. Plus tard, à l’unif, arriveront les oraux, l’horreur ! Toujours cette impression de se liquéfier, corps et âme, devant ce prof qui, en cinq minutes, peut mettre une année de vie en sursis. La période qui précédait les examens, le blocus, était pour moi une des meilleures de ma vie d’étudiante. Enfin du temps ! Le soir, se retrouver autour d’un verre, refaire le monde, allumer des bougies, décorer le sapin de capsules de bière ( ! ), se récréer une famille dans l’attente de revoir la sienne.

Maintenant, je les vois devant moi. Je n’oublie pas que j’y étais avant eux et malgré une nécessaire exigence, mon cerveau a tous les jours 12, 15 ou 18 ans pour tenter de rester « connectée » avec leur temps.

Moi, je n’ai pas le temps ! deux semaines intensives de préparation, de corrections, de conciliabules, ... Vive les vacances !